Author: Pierre Heitz

Au lendemain de mon premier stage…

Au lendemain de mon premier stage… 
« Maintenant, je sais, je comprends, Kostia, que, dans notre partie – c’est la même chose, qu’on joue sur scène ou qu’on écrive –, ce qui compte, ce n’est pas la gloire, pas l’éclat, pas ce dont je rêvais, mais la longue patience. Sache porter ta croix, aie la foi. J’ai la foi, et j’ai moins mal, et, quand je pense à ma vocation, je n’ai plus peur de la vie. »
Cette parole vient de Nina, elle vient de moi aussi aujourd’hui. Il y a longtemps que je ressens cette nécessité, ce désir de partager et développer avec les autres ce que je connais, que je sens, que j’aime. Cette première expérience de trois jours intensifs et très positifs confirment que je dois continuer sur ce chemin. Je suis très heureux de cette initiation pour moi et pour vous les élèves. Je vous suis infiniment reconnaissant de votre confiance, de votre joie, de votre courage. Je remercie également les 7 fées de Ma Lieues dont l’accueil, l’espace sont tellement propices à l’atmosphère créatrice…

A bientôt. Pierre

Une vision de la catharsis

Une vision de la catharsis.

TGV Paris Lyon, 25 avril 2015.

La vie a un sens, ce sens est mystérieux.
On le nomme le mystère.
Le travail de l’art est de questionner ce mystère.
La question c’est un conflit entre deux positions, un paradoxe.
Dans l’art du drame, l’artiste se met en quête de cette question. Lorsqu’il parvient à faire de cette question un objet de jeu et à le faire jouer, le faire avancer, on le nomme l’action ou drama en grec. Cette action est presque toujours cachée dans une histoire, une fable, un texte dont les circonstances, la composition animent le conflit.
Si l’artiste se contente de jouer l’histoire, il arrive parfois seulement qu’on entende le mystère mais cela dépend du hasard.
S’il interroge le mystère recouvert par l’histoire et qu’il met l’histoire au service du mystère, son art devient actif, le public devient actif.
Ensemble ils vivent l’expérience de la catharsis, une initiation, une ouverture.
Ensemble ils partent en quête, ils s’émeuvent, ils lâchent quelque chose, ils rencontrent le vide, puis ils renaissent dans le cœur du paradoxe, dans la croix ou le croisement des deux axes en conflit de la question, là où s’ouvre une fragile révélation comme un rai de lumière.
C’est ce rai de lumière qui motive le travail de l’art.
C’est ce rai de lumière qui attire les uns et les autres vers le théâtre.
C’est ainsi que l’art est un génie, un sorcier entre les hommes, la vie, la terre et le mystère.
Ce génie réveille l’homme sur le chemin de l’exode, il agite son sommeil comme le fait un rêve intense.
L’artiste qui s’engage sur cette voie sera honni du mondain, de la complaisance, de l’art pour l’art et de l’art pour soi mais en même temps il leur échappera, il en souffrira, il sera pauvre, il sera riche.
Pierre Heitz

Une semaine après mon stage n°3 aux Subsistances du 6 au 10 juillet 2015

Article Pierre Heitz
Une semaine après mon stage n°3 aux Subsistances du 6 au 10 juillet 2015

Article avec photos sur FaceBook
https://www.facebook.com/pierre.heitz.399/posts/412553365615954

Article :
Une semaine après mon stage n°3 aux Subsistances du 6 au 10 juillet 15 :
« Initiation à la répétion-création par études et à l’analyse action »
Oui, comme Nina je suis aussi une mouette, toujours je sens avec l’art quelque chose qui m’appelle, et en l’art quelque chose qui m’appelle encore plus, ce qu’on nomme transmission et que j’ai envie de nommer maïeutique de la créativité, celle des éleves comme celle du pédagogue.
Et au cours de ce stage numéro n° 3 voilà ce dont j’ai accouché. Il y a deux perspectives et non une seule à la « répétition par études et à l’analyse par et pour l’action ». La première qui n’est désormais plus toute seule est effectivement de développer la créativité des artistes à partir du matériau de l’auteur dans le but d’investir et propulser ce matériau dans sa précision authentique. La seconde perspective est (tel que je le savais bien avec dépit en vertu de ma longue pratique avec Vassiliev…) est d’inviter l’acteur artiste à développer une capacité spéciale, extrême, celle d’être et d’agir dans le temps du jeu à la fois en acteur et en metteur en scène de l’action inscrite dans le matériau de l’auteur. Eh oui, je sais c’est un peu compliqué… Mais j’explique.
Dans une perspective comme dans l’autre, de toute façon la quête sacrée est d’agir, de faire vibrer l’action cachée bien souvent spirituelle de l’œuvre de l’auteur. Je suis d’accord avec le Dr Dorn (alias Dr Tchekhov qui sait ?…) lorsqu’il dit au jeune auteur metteur en scène Treplev : « Je voulais vous dire ceci : vous avez choisi votre sujet dans le domaine des idées abstraites, et vous avez bien fait ; une œuvre d’art doit partir d’une grande idée. (…) dans toute œuvre, il doit y avoir une idée clairement définie. Vous devez savoir pourquoi vos écrivez, sinon, à suivre cette voie pittoresque sans but précis, vous vous égarerez, et votre talent vous perdra. » Ce que l’on appelle « action » ou deïstvie en russe, c’est selon moi la question du sens en action, soit la vibration et le mouvement de la question entre deux pôles affirmatifs en conflit. Faire é-mouvoir cette action, la rendre belle aux larmes, c’est mon fer de lance, c’est celui de ma compagnie nommée sans hasard Perceval…
Bon, une fois qu’on s’est attaché à cette quête et qu’on veut pratiquer la répétion-création par études alors la seconde perspective devient encore plus fascinante puisqu’elle propose aux acteurs dans le présent du jeu par le plateau un nombre conséquent de moyens pour soulever et é-mouvoir l’action. Ainsi s’ils s’en emparent, et ils s’en sont emparés l’analyse collective, la composition, la structure, l’accord entre partenaires, la parole libre, l’improvisation, le jeu, l’atmosphère, les images, les actions scéniques, la musique, les accessoires etc… en un mot l’étude, permettent aux acteurs de jouer ou é-mouvoir l’action de l’œuvre en parallèle du texte de l’auteur ou parfois avec celui-ci mais dans chacun de ses interstices et ainsi de proposer autant de jeu que d’éléments de mise en scène dans le temps de l’expérience de l’étude. C’est ça le concept réel d’acteur-metteur en scène. Et à partir d’une certaine maîtrise, l’étude peut être spectaculaire, publique, elle peut être spectacle. Dans ce cheminement, le pédagogue est alors garant de l’art de l’étude dans son ensemble, il stimule et rapporte le créatif sans se l’approprier, le récupérer, sans le gourouiser. Ce qui fait de l’art de l’étude un art particulièrement élevé, une forme nouvelle dans l’art du drame et au combien formateur.
Voilà de quoi j’ai accouché et que j’ai accepté grâce à l’expérience de stage du 6 au 10 juillet avec Marie, Joris, Juliette, Victor, Cécile, Nicolas, Angeline, Hervé, Cécile, Vincent, Valeria, Loic et les Subsistances Atelier 7 et tout… Je vous en suis reconnaissant à jamais et vous félicite, vous encourage pour votre engagement, votre travail, votre créativité, votre talents car vous avez tous fait un travail véritable, profond et très beau.
A bientôt. Pierre